violences sexuelles
04 Mai

La lettre de Suomi

Tous les mois, Suomi Bombelli propose une chronique autour de sujets du moment ou de vie. Suomi est docteure en Anthropologie et Conseillère conjugale et familiale. Formée à la Sexologie, elle accompagne divers publics dans leurs questionnements autour de la santé sexuelle, des sexualités et de leur vie relationnelle et affective. Aujourd’hui, elle aborde la question des violences sexuelles et du consentement.

Trigger Warning : Violences sexuelles – Viol – Viol conjugal

Aucune intention ici de raviver de souvenirs douloureux. Si vous sentez que ce n’est pas le moment  ou si pendant la lecture vous ressentez du mal être, ne poursuivez pas.

Chèr.e.s nous,

Depuis longtemps, la littérature et l’opéra nous racontent que les femmes qui se refusent à un homme sont tuées, ou risquent de l’être.

La réalité a d’ailleurs dépassée la fiction: les féminicides commis par des petits-amis, des conjoints ou des ex-conjoints sont la norme quotidienne de notre société. On dirait même qu’ils fonctionnent en partie comme une mise en garde faites aux femmes à ne pas se refuser aux hommes, au risque de mettre en péril de leur vie…

Ou alors, vous vous souvenez de ces films qui ont marqué l’histoire du cinéma?! Généralement, le héro masculin se propose à une femme de façon insistante, il la force à l’embrasser ou à avoir des relations sexuelles avec lui. Elle refuse, mais sous la pression des avances du héro, au bout de quelques scènes, elle finit par céder.

Que de la fiction?!

Alors, qu’est-ce que vous pensez de la légende circulant encore dans nos contrées que quand une femme dit non, en réalité elle veut dire oui?!

Il paraît que dans cette conception, on préfère les non-dits: s’assurer du consentement de l’autre, en lui demandant explicitement, est considéré comme «pas érotique». 

Un truc ringard?!

«Zone grise» est l’expression souvent utilisée pour parler de toutes les situations où les femmes finissent par céder à l’insistance des hommes.

Mais les deux termes ensemble contribuent à entretenir un flou total sur les réelles intentions des participant.e.s. Et souvent la «zone grise» est présentée comme due essentiellement à une incapacité des femmes à se connecter à leurs propres désirs, et à s’autoriser à les exprimer aux autres… Pourtant ces expériences risquent d’avoir des impacts sur leur santé sexuelle et des conséquences  significatives sur leur sexualité.  

Le « devoir » conjugal

Le «devoir» en matière de sexualité plane souvent sur nos rapports – même dès l’entrée dans la vie sexuelle. Comme si, par la mise en couple, on avait donné un accord ultime et définitif à tous les actes et gestes qui vont suivre.

D’ailleurs dans les relations hétérosexuelles, ce concept s’accompagne souvent de deux idées: les hommes ont des «besoins» physiologiques; l’appétit sexuel des hommes est plus important que celui des femmes. Parfois des femmes suivent ces idées et vont satisfaire leur partenaire, sans en avoir envie. 

Pourtant, il est scientifiquement prouvé que la sexualité n’est pas un besoin essentiel pour les êtres humains: on peut très bien vivre sans la pratiquer.

Du côté physiologique: l’appareil génital des hommes est très bien fait pour gérer la quantité de sperme produite, sans la nécessité de l’évacuer.   

Une ruelle sombre

Une femme assaillie sexuellement par un ou plusieurs méconnus, souvent fous et méchants. La violence exercée sous la menace d’une arme, l’éclat de coups, la force physique. La femme qui se bats et crie. Ce scénario, réel dans un cas sur deux, continue à façonner totalement nos imaginaires au sujet du viol. Il est paradoxalement «rassurant».

Pour les hommes: pour se dire qu’ils ne sont pas de violeurs.

Pour nous tou.te.s: parce que ce n’est pas évident de se dire que la violence sexuelle pourrait venir de quelqu’un que nous connaissons, et que parfois nous aimons… Comme dans la majorité des situations où se produisent les viols et, plus en générale, les violences sexuelles, dans notre société.

Pour le viol : neuf fois sur dix la femme connaît son agresseur.

Une fois sur deux, il est commis par le conjoint, l’ex-conjoint, le petit-ami, l’amant, ou le compagnon. Mais parfois il est difficile de se dire que «viol» et «couple» peuvent cohabiter.

https://arretonslesviolences.gouv.fr/

Pour les violences sexuelles : 14,5% des femmes et 4% des hommes ont déjà été victimes de violences sexuelles (pour la plus part subies en étant mineur.e.s), selon l’enquête Virage de 2015.

Les auteurs sont à 95% des hommes, et font partie de l’entourage proche des victimes.    

Vous vous demandez: «Comment fait-on pour que les hommes cessent de violer»? (*)

C’est une question essentielle pour construire un avenir différente. 

Tout d’abord, cette question s’adresse à tou.te.s, hommes compris, car elle nous aide à considérer que le viol et les violences sexuelles, ne sont pas inéluctables.

Ils sont le résultat de dynamiques d’inégalité de genre, sociale, politique, culturelle, d’origine – construites avec le temps.

Nous pouvons participer activement à construire de nouvelles dynamiques. 

Créer et avoir à disposition d’autres imaginaires devient essentiel. C’est pour cette raison que nous  devons soutenir d’autres façons d’écrire et de penser les films, la littérature, le cinéma, l’opéra, les journaux, afin que chacun.e puisse se retrouver et puiser d’autres façons d’entrer en relation et de se représenter les autres.

Et puis, au niveau individuel: si nous commencions à inventer de façons sensuels, érotiques et finalement «chaudes» de nous assurer le consentement de nos partenaires?

Et vous, vous avez d’autres réponses ?! 

Suomi Bombelli

*En janvier 2021, la militante féministe et antiraciste Mélusine poste cette question sur Twitter. Elle en est exclue et son compte censuré. Des centaines de femmes et d’hommes repostent la question sur Twitter et d’autres réseaux sociaux: une partie d’entre elles/eux, voit ses comptes suspendus.      

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