17 Mar

A My S Life, nous avons la chance de faire régulièrement de belles rencontres à travers nos interventions, nos articles ou encore les réseaux sociaux. C’est via ces derniers que nous avons eu le grand plaisir de faire la connaissance de l’association FARDA à travers leur présidente Isis Emam. L’association a fait le constat de la grande vulnérabilité des personnes migrantes en ce qui concerne la santé sexuelle et les violences sexuelles et a choisi de mettre en oeuvre une série d’actions pour prévenir et accompagner les exilés vers une meilleure santé sexuelle. Nous avons interrogé Isis sur le travail de l’association !

La santé sexuelle reste un tabou très important.

1. Pourquoi la sensibilisation à la santé sexuelle pour les demandeurs d’asile et réfugiés et pourquoi avez-vous choisi d’intervenir dans le domaine ?

Les personnes exilées sont très vulnérables aux violences sexuelles, que cela soit lors de leur parcours migratoire ou à leur arrivée en France où leur situation précaire et instable les expose tout autant. De plus, parmi les personnes qui découvrent leur séropositivité chaque année en France, 50% sont des personnes migrantes.

A partir de ce constat, FARDA a effectué un diagnostic en interrogeant des personnes exilées originaires de 17 pays différents. Parmi ces personnes, 46% ne connaissent pas de moyens contraceptifs, 1/3 personne ne sait pas si une IST se transmet par des rapports sexuels, mais 98% des personnes interrogées jugent nécessaires d’avoir plus d’informations sur la santé sexuelle.

2. Comment adopter une approche interculturelle ?

L’adoption d’une approche interculturelle implique d’avoir et de rechercher des connaissances sur les contextes socio-culturels spécifiques des personnes que nous rencontrons. L’approche interculturelle privilégie l’instauration du dialogue et de l’échange, dans le respect et indépendamment de l’origine, mais aussi de la classe sociale, de la religion, du sexe et de l’orientation sexuelle.

3. Pensez-vous que les populations avec lesquelles vous travaillez bénéficient d’un soutien suffisant et connaissent les ressources qui peuvent être mises à leur disposition ?

Le diagnostic que nous avons mis en place a mis en évidence un manque d’information très important, sur tout le système de santé français, chez les personnes enquêtées. En effet, plus de 40% des personnes interrogées ne savent pas où se soigner en cas de problème de santé générale. 

L’accès aux soins et aux droits de soin est rendu encore plus difficile par la précarité que rencontrent souvent les exilé.e.s en France. En effet, les conditions d’accueil, insuffisantes et précaires, couplées aux conditions de précarité administrative et économique, les exposent à un plus grand nombre de violences. Les discriminations impactent directement la santé et cet impact est genré. 

La santé sexuelle reste un tabou très important.Pour trouver une information fiable sur la sexualité, une faible majorité des répondant.e.s ont eu accès à l’éducation sexuelle en milieu scolaire ou, en ont parlé avec une professionnelle médicale. Mais la principale source d’information sur ce sujet semble être internet, puisque 79% des enquêté.e.s ont pu y visionner des vidéos sur la sexualité. Néanmoins, 98% jugent nécessaire d’avoir plus d’informations sur la santé sexuelle et la sexualité.

FARDA : Atelier Origami

4. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours ?

J’ai effectué des études à Paris 1 – Panthéon-Sorbonne dans le domaine de la gestion de projet à l’international « Etudes du développement économique et social ». J’ai par la suite travaillé pendant trois ans dans le domaine du droit d’asile, avant d’intégrer le domaine médico-social. Dans mon parcours, j’ai toujours été fortement attirée par les approches interculturelles.

5. Comment vous avez eu l’idée de fonder l’association ?

L’idée de l’association a été construite avec le bureau actuel de l’association, composé d’une personne afghane, Sabir, et d’une personne syrienne, Naief, qui ont partagé le même constat d’un manque d’informations important et de conduites à risque dans leur entourage amical. Par la suite, nous avons décidé d’effectuer un diagnostic afin de confirmer nos observations.

Une démarche féministe pour les femmes…et les hommes

6. A quoi ressemble votre journée type ?

Je suis salariée dans le secteur médico-social. Après chaque journée de travail, je commence une deuxième journée dédiée à l’association FARDA. Chaque samedi, je me rends à la Maison des Réfugiés pour nos ateliers hebdomadaires. 

7. Quelles évaluations, le cas échéant, avez-vous mises en place pour mesurer l’impact ?

Une étude d’impact est en cours, menée par un de nos bénévoles, Sekou, qui réalise des entretiens évaluatifs avec les personnes qui ont participé à nos ateliers en 2020. Il s’agit de mesurer ce que les ateliers ont apporté aux participant.e.s en termes d’informations, mais nous avons aussi ajouté d’autres indicateurs liés à la confiance en soi, le rapport aux autres, l’expression de ses limites personnelles etc.

8. Comment trouvez-vous les moyens d’élaborer les services que vous fournissez ?

Nous utilisons plusieurs outils qui nous permettent d’élaborer les services que nous proposons : 

  • Nous utilisons des outils de l’éducation non-formelle et de l’éducation populaire pour lever le frein des sujets tabous et complexes à aborder, et favoriser l’émancipation des destinataires de nos actions. Nous développons en sus des supports d’information multilingues distribués aux participant.e.s lors de nos ateliers.
  • Nous co-animons chaque atelier avec des médiateur.trices socio-linguistique
  • Après chaque atelier, nous organisons des sorties culturelles et interculturelles afin de bâtir un climat de confiance solide.

9. Vous fournissez des ressources pour les hommes aussi – trouvez-vous que les hommes sont plus ou moins ouverts que les femmes sur leur santé sexuelle ?

Dans une démarche féministe qui promeut l’égalité, nous visons les hommes autant que les femmes quand nous abordons les thématiques de la contraception, du préservatif, des mariages forcés, des violences sexuelles, etc. Nous croyons en l’implication et la responsabilité des hommes autant que des femmes dans l’utilisation de la contraception et la lutte contre les violences sexuelles.

Les hommes ont énormément de questions sur la santé sexuelle et n’ont pas autant de réticences que ce que l’on peut imaginer. La différence observée avec les femmes, c’est que ces dernières souhaitent souvent investir ces thématiques comme levier d’émancipation, ce qui n’est pas le cas pour les hommes.

10. Comment faites-vous de la publicité ?

Nous utilisons les réseaux sociaux et le bouche à oreille, notamment pour les exilé.e.s qui viennent à nos ateliers. Nous avons une page facebook, instagram, LinkedIn et un site internet. 

https://www.assofarda.com

https://www.facebook.com/associationfarda

https://www.instagram.com/assofarda/

https://www.linkedin.com/company/association-farda/

Le bouche à oreille fonctionne particulièrement bien. Enfin, les réseaux de la Maison des Réfugiés, de SINGA, de Live for Good et de Créatrices d’Avenir, nos partenaires principaux, nous permettent de nous faire connaître. 

11. Comment nos lectrices peuvent vous soutenir ?

Rejoignez-nous sur les réseaux sociaux ! Venez liker les publications, suivre l’actualité de FARDA. N’hésitez pas à nous contacter si vous avez des questions ou des remarques.

Parlez de FARDA autour de vous, surtout si vous connaissez des personnes exilées ou des personnes qui travaillent avec eux. 

Vous pouvez également nous rejoindre en devenant bénévole. Il suffit d’envoyer un mail à l’adresse : farda.asso@gmail.com sur notre site, ou sur l’un de nos réseaux sociaux. FARDA est attentive à maintenir le plus de diversité possible parmi les membres de son équipe.

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